La création numérique n’est plus un “outil”, mais un langage artistique, un espace d’expérience et un levier de transformation des institutions culturelles. En 2026, plusieurs pratiques convergent : IA, immersif, données, durabilité, souveraineté numérique, comme le souligne l’analyse de Big média sur les tendances technologiques 2026. Comment créer, produire, diffuser et engager autrement en 2026 ?
En 2026, l’IA ne se contente plus de générer des contenus : elle devient un véritable partenaire de création. Les artistes, commissaires et designer·euse·s co-construisent avec elle des œuvres qui mélangent créativité humaine et capacités algorithmiques. Refik Anadol, par exemple, transforme des données d’archives et d’informations culturelles en installations immersives où l’IA façonne images et mouvements, toujours guidée par une vision artistique humaine. Dans le même esprit, le célèbre cinéaste Darren Aronofsky a fondé Primordial Soup, un studio new-yorkais qui explore l’IA générative comme levier d’innovation narrative et audiovisuelle, en collaboration avec Google DeepMind. Leur premier film, ANCESTRA, réalisé par Eliza McNitt, a été présenté au Tribeca Festival 2025. Eliza est passée par HUB Montréal en 2024, partageant son travail et son expérience.
Cette tendance s’accompagne d’une exigence de transparence et d’explicabilité. Des initiatives comme XAIxArts (Explainable AI for the Arts) rassemblent artistes, chercheur·euse·s et designer·euse·s pour rendre les systèmes algorithmiques compréhensibles et intégrés à la narration artistique. L’IA collaborative transforme les modes de création et de collaboration entre artistes, studios et technologies, ouvrant de nouvelles formes de co-création et permettant à des publics non techniques de participer pleinement à la création.
Plusieurs événements permettent de découvrir comment l’IA transforme la création artistique. E-AI se tiendra à Montréal les 18 et 19 février 2026, suivi du Sommet national sur l’IA et la culture à Banff les 16 et 17 mars 2026, qui rassemblera acteur·rice·s culturel·le·s et expert·e·s pour explorer les usages de l’IA et les pratiques d’innovation responsable.
Aujourd’hui, l’immersif ne relève plus de l’expérimentation : il s’intègre durablement aux stratégies culturelles, éducatives et territoriales. On passe d’événements spectaculaires ponctuels à des équipements permanents, capables d’accueillir expositions, performances et formats pédagogiques tout au long de l’année.
Des modèles nord-américains comme Meow Wolf ont montré qu’un lieu immersif peut devenir une véritable attraction culturelle permanente, avec des œuvres emblématiques comme House of Eternal Return à Santa Fe, pensée comme un espace de visite durable et non comme une exposition temporaire. À Montréal, la Société des arts technologiques [SAT] illustre cette logique grâce à son centre de recherche public, qui combine création, production et formation en arts numériques immersifs, tout en hébergeant la Satosphère, un dôme audiovisuel utilisé pour des œuvres immersives, combinant musique, image et spatialisation sonore.
L’enjeu devient alors structurel plutôt que technologique : contenus évolutifs, médiation personnalisée, accessibilité renforcée et nouveaux usages éducatifs. L’immersif s’impose comme un outil durable de relation aux publics, au cœur des modèles culturels de demain.
D’après le média spécialisé TechTarget, un jumeau numérique est une réplique virtuelle d’un objet ou d’un processus réel, reliée à ses données pour observer, analyser ou simuler son fonctionnement. Dans le secteur culturel, cette approche permet de créer des espaces et œuvres réactifs, qui s’adaptent aux flux de visiteur·euse·s, aux usages ou aux conditions environnementales, offrant ainsi des scénographies adaptatives, une médiation enrichie et une gestion optimisée des bâtiments et collections.
Des initiatives concrètes illustrent cette tendance : Dpt. a présenté à HUB Montréal en 2025 son projet Echo, qui crée des jumeaux numériques d’espaces culturels, permettant de réinventer la manière d’explorer, découvrir et interagir avec la culture, du guide muséal intelligent à la visite virtuelle immersive tandis qu’en France, le Musée Granet à Aix-en-Provence teste un projet pilote de jumeau numérique de certaines salles et collections, offrant aux visiteur·euse·s une exploration immersive et permettant de réfléchir à la conservation patrimoniale augmentée.
Ces projets montrent que données et modèles numériques deviennent des outils pour rendre les lieux culturels “vivants”, ouvrant la voie à des expériences adaptatives et interactives. Ils permettent également à un public plus large, y compris celles et ceux qui ne peuvent pas se déplacer, d’accéder aux collections et aux contenus culturels.
La transition écologique touche aussi la création numérique et les arts vivants. Les installations immersives, expériences numériques et grands événements avec leurs projections, écrans, serveurs et déplacements massifs ont une empreinte environnementale significative. Pourtant, studios, organisations et festivals développent aujourd’hui des pratiques permettant de concilier créativité et éco-responsabilité.
Lors de HUB Montréal 2025, l’activité Bonnes Pratiques “Éco-responsabilité et créativité” présentée par Pixmob, avec des exemples issus notamment de MUTEK Montréal, a exploré ces enjeux : témoignages concrets, stratégies pour réduire l’empreinte carbone et leviers pour intégrer la durabilité dans la création numérique et les grands événements. L’occasion de montrer qu’innovation artistique et pratiques durables peuvent avancer main dans la main.
Ces réflexions s’inscrivent dans un mouvement plus large porté par l’écosystème, à l’image de l’initiative de XN Québec, qui a récemment publié un livre blanc « Quand l’innovation rencontre la durabilité ». Ce document de référence dresse un état des lieux des impacts environnementaux du numérique créatif et propose des pistes d’action concrètes pour favoriser une transformation responsable du secteur.
Au-delà des cadres théoriques, les studios et festivals expérimentent déjà des solutions opérationnelles : éco-conception des installations, optimisation des tournées immersives, recours à des centres de données alimentés par des énergies renouvelables et mise en place d’indicateurs pour mesurer l’impact environnemental des projets numériques.
Dans le secteur culturel, se pose une question centrale : où sont hébergées nos œuvres, nos données de publics et nos contenus immersifs ? La réponse influence la sécurité, l’indépendance et la manière dont les créations circulent.
Lors de la 9e édition de HUB Montréal, Orio a été présenté comme un exemple de cloud souverain pensé pour l’industrie créative, combinant sécurité, performance et éco-responsabilité. Ce type d’outil permet aux institutions et studios de mieux protéger les données sensibles, de garder le contrôle sur la diffusion de leurs contenus et d’explorer de nouveaux circuits de distribution.
La souveraineté numérique devient ainsi un levier pour l’éthique et l’indépendance des pratiques culturelles, tout en ouvrant la voie à des modèles de diffusion plus responsables et flexibles.
En 2026, la technologie ne se limite plus à soutenir la création : elle en structure désormais chaque étape. Pour le secteur culturel, l’enjeu n’est plus seulement d’adopter de nouveaux outils, mais de repenser les formats, les récits et la relation aux publics. Des œuvres comme NEST: Colony, présenté au Village Numérique 2025 à Montréal par le studio Iregular, qui réagit aux mouvements des visiteur·euse·s grâce à la technologie SONAR de localisation sonore, montrent comment les créations peuvent désormais réagir aux individus en temps réel, rapprochant l’art d’une expérience sensible et personnalisée. De la même manière, Le Coffre à jouets dégivré, une nouvelle vidéoprojection interactive conçue par Ottomata et Doki, et présentée sur la patinoire de l’Esplanade Tranquille à Montréal jusqu’au 8 mars 2026, dans le cadre de Lumino, plonge le public dans des tableaux ludiques et féériques inspirés des jeux de notre enfance. La créativité numérique s’affirme ainsi comme un terrain d’expérimentation artistique, sociale et politique, au cœur des transformations de nos sociétés.