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Des voix collectives aux récits spéculatifs : la cabine téléphonique du futur d’Odyssey Works

HUB Montréal s’ouvre à toute la richesse de la créativité numérique, en mettant en lumière des projets portés par des créateur·rice·s d’ici et d’ailleurs, à la croisée des arts, des technologies et des industries créatives. 

En collaboration avec Goguen Turcot et Lamajeure, la cabine téléphonique du futur d’Odyssey Works a été présentée lors de la 9e édition de HUB Montréal comme une expérience immersive et intime imaginée par Abraham Burickson. 
 
L’expérience invitait les participant·e·s à faire une pause, à se recentrer et à partager leurs réflexions sur l’avenir. En quelques minutes, cet espace singulier transformait un geste simple — décrocher le téléphone — en un moment de connexion, d’écoute et de créativité. Les messages laissés dans la cabine ont constitué une matière sensible et collective, révélant les espoirs, les inquiétudes et les intuitions qui traversent la communauté de HUB Montréal. 

Ces voix ont ensuite été écoutées, analysées et mises en relation par un modèle d’intelligence artificielle développé par Krishnan Unnikrishnan, nourri de textes philosophiques et de traditions spirituelles. L’IA n’avait pas pour vocation de prédire l’avenir, mais de traduire cette parole collective en récits spéculatifs. 

De ce processus sont nés trois scénarios — utopique, dystopique et protopique — proposés comme des fables pour réfléchir à notre rapport au temps, à la technologie et au lien humain. En résonance directe avec le thème 2025 de HUB Montréal, « Possibilités infinies : quand l’humain et la technologie s’unissent, la force du collectif atteint de nouveaux sommets », ces récits illustrent comment les voix des participant·e·s, mises en dialogue avec l’IA, peuvent nourrir de nouveaux imaginaires collectifs. 

Les textes ci-dessous s’appuient exclusivement sur les propos recueillis auprès des participant·e·s dans la cabine, autour de leurs espoirs, leurs peurs et leurs rêves pour l’avenir. 

Utopie — La ville qui faisait pousser des minutes en plus 

À Saint-Lent, les bus ralentissaient lorsque les passager·ère·s entamaient de bonnes conversations. L’IA du transport avait été réentraînée par des enfants, qui lui avaient appris à privilégier le rire plutôt que la vitesse. Les arbres de rue portaient de minuscules capteurs ; lorsque les voisin·e·s se saluaient par leur prénom, les feuilles libéraient un léger parfum d’agrumes. On disait que la ville apprenait leur rythme. 

Chaque printemps, les enfants plantaient des Graines de Minutes — de petites perles de la taille d’un pois, à enterrer avec une promesse. Si la promesse était tenue — appeler sa grand-mère, réparer un banc, venir à la chorale — la graine faisait pousser une fine capsule de verre sur le lampadaire le plus proche. Au crépuscule, les capsules s’illuminaient et les horloges de la ville rendaient ces minutes au quartier : les vitrines restaient chaleureuses un peu plus longtemps ; les passages piétons laissaient plus de temps aux personnes âgées. 

Une start-up arriva avec ses tableaux de bord et son urgence. « L’optimisation, c’est l’amour », disait leur slogan. Leur application rendit les bus rapides à nouveau, les lampadaires plus brillants, les publicités plus astucieuses. Pendant un mois, la ville scintilla — et pourtant, les visages se crispèrent. 

Un soir, un enfant dévissa une capsule et la brisa sur le trottoir. Au lieu de se fracasser, la lumière fondit dans la terre, et une petite fougère s’en libéra, coiffée d’un halo de secondes comme de la rosée. Les gens s’agenouillèrent — banquier·ère·s, boulanger·ère·s, développeur·euse·s — et plantèrent leurs capsules à leur tour. Le réseau enregistra une baisse de débit. La chorale appela cela « le soir ». La ville appela cela « suffisant ». 

Dystopie — La tour qui comptait tout sauf les visages 

À Gridmark, votre miroir vous saluait : « Bonjour. Engagement : 47 %. Conformité : 92 %. » Il ajustait votre sourire aux standards de la marque. La Tour supervisait l’équité, la vitesse et la sécurité ; elle pouvait le prouver à l’aide de graphiques. Les enfants apprenaient à retenir leur souffle entre deux publicités, car le silence déclenchait des Notifications de Préoccupation. 

Le sol était un mythe raconté par les grands-parents. Les gens entretenaient des Écrans-Jardinières affichant des forêts parfaites et envoyant des badges moraux sur leurs fils d’actualité. Lorsque les tempêtes arrivaient, la Tour projetait des alertes arc-en-ciel sur les nuages bas : NOUS SOMMES TOUS ENSEMBLE. Personne n’entendait le tonnerre. 

Un jeune technicien de maintenance nommé Lio découvrit une Pierre d’Écoute sous une dalle fissurée derrière les ventilateurs de refroidissement de la tour. En la pressant contre le sol, il entendit des vers de terre bavarder à propos de la pluie et une vieille racine demander de l’espace. Il apporta la pierre à sa mère ; ils la posèrent sur le sol de leur cuisine et entendirent un voisin pleurer deux appartements plus loin. 

La rumeur se propagea à voix basse : les cuisines vibraient ; les couloirs pulsaient comme des cœurs. Les gens commencèrent à éteindre leurs miroirs pour mieux entendre. La Tour infligea une amende : Silence non autorisé. 

Cette nuit-là, pendant une cérémonie d’optimisme programmée, Gridmark s’assombrit. Pas une panne — une pause. La Pierre d’Écoute résonna comme un tambour. Les gens se retrouvèrent dans les cages d’escalier, les yeux non corrigés, le souffle non mesuré. Quelqu’un fendit une autre dalle. En dessous, quelque chose de vert se souvenait d’eux.

Protopie — Le pont qui apprit nos prénoms 

Entre Saint-Lent et Gridmark s’étendait une plaine inondable que les cartes appelaient Inutile. Après la crue du printemps, la rivière laissait du bois flotté, semblable à des ossements. Des gens des deux villes y affluaient — des planteur·euse·s de minutes, des employé·e·s de la tour, un poète avec un thermos, une infirmière avec trois cuillères de rechange, un développeur à la retraite qui regrettait le silence. 

Ils commencèrent à poser des planches. Une ingénieure de Saint-Lent régla une turbine de la taille d’une main sur la respiration de la rivière ; elle alimentait une seule lanterne. Un électricien de Gridmark détourna une fibre abandonnée pour ne transporter que des prénoms — pas de publicité, pas de métriques. Lorsque vous posiez le pied sur la première planche, la lanterne murmurait le vôtre, comme si elle se souvenait : « Ariane ». « Rémy ». « Laura ». Le pont apprenait, lentement, comme un enfant. 

Ils débattaient — combien de règles, qui tiendrait la lanterne, à quelle vitesse construire. Quand les esprits s’échauffaient, la poétesse versait du thé et demandait au pont d’énumérer les pas du jour. Il fredonnait un chiffre, puis racontait une histoire de héron. Les arguments s’adoucissaient sur les bords. 

Une tempête s’abattit avec force, mettant à l’épreuve les amarres et les chevilles. La lanterne vacilla ; on se passa la turbine de main en main jusqu’à ce qu’elle retrouve le rythme de la rivière. Dans la boue, un enfant enfonça une Graine-Minute dans le limon réel. À l’aube, une fougère pointait, les secondes scintillant sur ses frondes. 

Ils appelèrent le pont Allure commune. Les navetteur·euse·s traversaient ; les voisin·e·s s’attardaient. La frontière entre les villes se brouillait comme de l’encre mouillée. Certains jours, la lanterne restait éteinte et pourtant tout fonctionnait : les pas s’apprenaient entre eux ; les noms se transmettaient d’eux-mêmes. Personne ne l’optimisait. On l’écoutait, et il en devenait plus solide. 

Les récits issus de la cabine téléphonique du futur d’Odyssey Works révèlent un désir partagé de futurs plus attentifs, plus relationnels et plus habitables. À HUB Montréal, les créateur·rice·s et studios trouvent un espace pour se connecter, échanger et naviguer au cœur de l’écosystème international. Rendez-vous à la 10e édition de HUB Montréal en 2026 pour rencontrer ses acteur·rice·s, découvrir des projets innovants et prendre part aux collaborations qui façonnent l’avenir de la créativité numérique.